Réparer une aile plutôt que la remplacer, monter une pièce de réemploi plutôt qu’une pièce neuve : ces gestes d’atelier, les carrossiers les connaissent bien. Ce qui est plus rare, c’est de les chiffrer noir sur blanc. Une carrosserie du Rhône vient de le faire, et le résultat donne une idée concrète de ce que pèse la réparation responsable : environ 17 tonnes de CO2 évitées sur la seule année 2025.
Plan de l'article
Un atelier qui mesure son empreinte comme il mesure une teinte #
L’exemple vient de la carrosserie Morel, installée à Lentilly, près de Lyon, et membre du réseau Five Star. Comme le détaille Le Journal de la Rechange et de la Réparation dans son édition du 29 octobre 2026, l’entreprise dirigée par Sandrine et Frédéric Michel a fait évaluer ses émissions 2025 à 197 tonnes de CO2 grâce à l’outil C2O, utilisé par le cabinet Leasia Conseil. Surtout, le bilan estime que les pratiques de l’atelier ont permis d’éviter environ 17 tonnes supplémentaires.
L’activité analysée n’a rien d’anecdotique : 2 572 véhicules pris en charge dans l’année, soit une cinquantaine par semaine, dont 1 983 dossiers de sinistres et collisions, 92 bris de glace, 110 dossiers de grêle et 386 prestations mécaniques. Le flux compte aussi près de 400 Tesla, signe que la réparation de véhicules électriques fait désormais partie du quotidien de l’atelier.
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Deux leviers simples : réparer plus, réemployer plus #
Ce qui frappe dans ce bilan, c’est que les tonnes évitées ne viennent pas d’un investissement spectaculaire, mais de deux curseurs que tout carrossier peut actionner.
La réparation de pièces avant le remplacement
Premier levier : la part des pièces réparées plutôt que remplacées. Chez Morel, elle est passée de 18,43 % en 2024 à 20,93 % en 2025. Chaque pare-chocs redressé ou aile reformée évite la fabrication, le transport et l’emballage d’une pièce neuve. À l’échelle d’un atelier qui traite deux mille sinistres par an, deux points et demi de progression se traduisent en tonnes de CO2 bien réelles.
Les pièces de réemploi sur les dossiers sinistres
Deuxième levier : les pièces issues de l’économie circulaire. En 2025, 7,7 % des dossiers sinistres de l’atelier ont mobilisé des pièces de réemploi, contre 6,31 % un an plus tôt. La gestion des déchets complète le dispositif, et l’entreprise indique vouloir poursuivre sur ces deux axes.
Une démarche reconnue par des labels #
Cette politique ne reste pas confidentielle : elle est auditée et distinguée. La carrosserie a décroché la médaille d’argent du label RSE de son réseau Five Star, ainsi que la distinction Autoecoclean Argent, attribuée par Autoeco pour la gestion des déchets automobiles. « La RSE n’est pas un projet ponctuel, c’est une pratique qui s’améliore d’année en année, avec l’ensemble de nos collaborateurs », résument Sandrine et Frédéric Michel dans l’article du J2R.
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Les dirigeants soulignent un autre intérêt du bilan chiffré : il donne une vision précise de l’impact de l’atelier et permet d’identifier les leviers d’amélioration. Autrement dit, on ne pilote bien que ce que l’on mesure — un principe que les carrossiers appliquent déjà à la colorimétrie ou aux temps barémés, et qui s’étend désormais au carbone.
Pourquoi ce chiffrage va devenir un argument commercial #
Pour les professionnels de la carrosserie, ce type de bilan n’est pas qu’une affaire de conviction. Les apporteurs d’affaires — assureurs, flottes, loueurs — intègrent de plus en plus de critères environnementaux dans le choix de leurs réparateurs agréés. Un atelier capable de présenter un taux de réparation de pièces en progression et un taux de réemploi documenté se distingue dans un marché où les volumes se négocient durement.
C’est aussi un argument face au client particulier. Expliquer qu’une pièce sera réparée dans les règles de l’art plutôt que jetée, ou qu’une pièce de réemploi contrôlée fera baisser la facture tout en évitant du gaspillage, valorise le savoir-faire de l’atelier au lieu de le banaliser.
Ce qu’il faut en retenir pour son propre atelier #
L’exemple de Lentilly montre qu’une démarche carbone en carrosserie tient en trois étapes réalistes : mesurer ses émissions avec un outil dédié, suivre deux indicateurs simples — part de pièces réparées, part de dossiers avec réemploi — et progresser d’année en année plutôt que viser la perfection immédiate. Nul besoin d’être un grand groupe : une carrosserie indépendante d’une cinquantaine de véhicules par semaine y parvient, chiffres à l’appui. La réparation a toujours été, par nature, une activité anti-gaspillage ; la nouveauté, c’est qu’elle apprend à le prouver.




