Dans les Deux-Sèvres, terre historique de la carrosserie industrielle, deux noms connus des transporteurs viennent de passer devant le tribunal de commerce de Niort à quelques jours d’intervalle. Aubineau Constructeur, spécialiste des caisses frigorifiques, a été placé en liquidation judiciaire le 30 octobre. Libner, fabricant de carrosseries industrielles sur mesure, est en redressement judiciaire depuis le 3 novembre. Retour sur deux dossiers qui disent beaucoup des difficultés du métier de carrossier-constructeur.
Plan de l'article
Aubineau : la fin d’une aventure de près de 70 ans #
Le tribunal de commerce de Niort a converti le redressement judiciaire d’Aubineau Constructeur en liquidation le vendredi 30 octobre 2026, rapporte La Nouvelle République. Selon le quotidien, la juridiction a constaté que l’entreprise n’était plus en mesure de dégager des résultats positifs et qu’aucun plan de financement n’était viable.
Fondée en 1959 par Michel Aubineau à La Petite-Boissière, dans le Bocage bressuirais, la société fabriquait des carrosseries frigorifiques pour véhicules utilitaires et poids lourds. Elle employait encore près d’une centaine de salariés.
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Matières premières et carnet de commandes
Le dossier ne s’est pas joué en quelques semaines. Le 26 juin 2026, le tribunal avait placé l’entreprise en redressement judiciaire. La direction invoquait alors une hausse de 19 % du prix de ses matières premières et un carnet de commandes en forte baisse, précise L’Officiel des transporteurs, qui évoque aussi un soutien financier de près de 7 millions d’euros n’ayant pas suffi à sortir de ce que la direction appelait une « impasse structurelle de marché ».
Ce n’était pas la première alerte : un plan de sauvegarde avait déjà été adopté en septembre 2022, déjà en lien avec le coût des matières. Le rachat par The Reefer Group, en juillet 2024, avait offert un sursis de deux ans. Aucune offre de reprise n’a finalement été retenue. Le groupe indique vouloir proposer aux salariés les postes disponibles dans son autre entreprise française et étudier des solutions de remplacement pour les clients dont les véhicules étaient en commande.
Libner demande la protection du tribunal #
Quelques jours plus tard, c’est un autre pilier de l’économie locale qui a frappé à la porte du même tribunal. Implantée depuis 1965 à Saint-Maixent-l’École, la SAS Libner conçoit et fabrique des carrosseries industrielles sur mesure, pour des usages civils comme pour la défense. Elle compte 118 salariés, selon La Nouvelle République.
À sa demande, une procédure de redressement judiciaire est ouverte depuis le mardi 3 novembre. Dans un communiqué diffusé le même jour, l’entreprise parle d’un « choc conjoncturel d’une ampleur exceptionnelle ». Sa présidente, Émilia Libner, devait détailler la situation lors d’une conférence de presse le 4 novembre.
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Un redressement n’est pas une liquidation
La nuance compte. Le redressement judiciaire ouvre une période d’observation pendant laquelle l’activité continue, les dettes sont gelées et un administrateur accompagne la direction pour bâtir un plan de continuation ou trouver un repreneur. Chez Aubineau, c’est l’échec de cette étape qui a conduit à la liquidation. Pour Libner, la partie ne fait que commencer.
Un métier exposé aux deux bouts de la chaîne #
Ces deux dossiers mettent en lumière une particularité du carrossier-constructeur. Contrairement au carrossier réparateur qui redresse et repeint les voitures accidentées, il transforme un châssis-cabine livré par un constructeur en véhicule de travail : caisse isotherme, plateau, benne, fourgon aménagé, véhicule spécialisé. Il achète donc beaucoup de matière, notamment des panneaux, de l’aluminium et des isolants, et dépend des commandes de flottes professionnelles.
Quand le prix des matières grimpe et que les transporteurs reportent le renouvellement de leurs véhicules, la marge se trouve prise en tenaille. Le cas d’Aubineau, avec une hausse de 19 % de ses matières premières, en est l’illustration. Le travail sur mesure, qui fait la valeur de ces ateliers, se prête aussi mal à la production de grande série qui permet ailleurs d’absorber les hausses.
Ce que cela change pour les professionnels #
Pour un artisan, une PME de livraison ou un transporteur qui avait un véhicule en commande chez Aubineau, le premier réflexe est de contacter le liquidateur et le groupe, qui dit étudier des solutions de remplacement. Pour l’entretien et la réparation des caisses déjà en circulation, un carrossier industriel ou un atelier spécialisé du secteur peut reprendre le relais : panneaux sandwich, joints de portes et groupes froids se réparent indépendamment du fabricant d’origine.
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Chez Libner, l’activité se poursuit pendant la période d’observation. Les clients ont intérêt à faire le point avec l’entreprise sur leurs commandes en cours et sur le suivi après-vente.
Au-delà des Deux-Sèvres, ces difficultés rappellent qu’un savoir-faire de carrosserie construit sur plusieurs générations reste fragile face aux à-coups du marché. L’issue du redressement de Libner, dans les mois qui viennent, dira si ce bassin industriel parvient à conserver l’un de ses grands noms.




